La victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine du 8 novembre dernier s’inscrit sans l’ombre d’un doute dans le contexte de la montée d’un populisme qui s’accélère depuis la crise financière de 2008 et qui s’est vue accentuée encore davantage par le vote favorable au Brexit de juin dernier. Caractérisée par la canalisation d’un sentiment anti-establishment, d’un rejet des « élites » et d’un positionnement antisystème, la campagne de Donald Trump suggère la concrétisation, outre-Atlantique, d’une tendance s’exprimant par le bourgeonnement de nombreux partis politiques à l’échelle européenne et qui semble avoir le vent dans les voiles par les temps qui courent.

Dans sa version de droite, couplée aux inclinaisons identitaires, aux tendances autoritaires et à une hostilité envers l’Union européenne, ce national-populisme se développe par l’entremise de partis et de mouvements tablant sur la colère d’électeurs désabusés par un système dans lequel ils se sentent laissés pour compte. Les raisons de ce désaveu sont multiples. D’une part, le démantèlement des filets sociaux, le désinvestissement de l’État dans les structures publiques et la déréglementation de la haute finance ont pour conséquences un accroissement des inégalités et une diminution significative de la qualité de vie des classes moyennes. Par ailleurs, la complexification des enjeux politiques et économiques, notamment par la prolifération des traités de libre-échange internationaux, repousse le pouvoir décisionnel hors des juridictions nationales. Cette dernière situation explique en partie l’essor d’une extrême-droite qui propose des solutions simplistes aux problèmes auxquels la gauche institutionnelle, malgré ses promesses, n’a pas su palier lors de ses passages au pouvoir.  Finalement, la prolifération des courants identitaires, caractérisés par le repli sur soi et la peur de l’autre, agités par ces mouvements nationaux-populistes, gagne du terrain. Exacerbées par la crise des migrants, ces tendances xénophobes deviennent un pilier du vote national-populiste. Face à cette situation, une part importante de l’électorat se retrouve confrontée à l’impression d’un vertigineux glissement, d’une perte de repères sans précédent, et sombre dans la tentation d’une adhésion à un courant lui offrant des solutions simplistes et souvent irréalistes.

Le « réflexe républicain »

Dans le contexte français, cette tendance est évidemment représentée par le Front national de Marine Le Pen. Au lendemain du 8 novembre, toute la classe politique française, de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, tire une conclusion à l’unisson : tout est possible. Ce qu’il faut comprendre de ce constat, c’est que la possibilité de l’élection de Marine Le Pen à la présidentielle de 2017 ne semble dorénavant plus constituer une chimère aussi improbable qu’impensable il y a encore quelques années. Bien que le mode de scrutin pour la présidentielle française, un vote à  deux tours devant susciter un « réflexe républicain » et ainsi protéger l’Élysée des extrêmes, constitue certainement un rempart à l’accession au pouvoir de Mme Le Pen, l’arrivée de M. Trump à la Maison-Blanche ouvre un nouveau champ des possibles pour la candidate frontiste. Elle s’est d’ailleurs empressée d’affirmer, dès l’annonce de la victoire du candidat républicain, que son élection « ne constituait pas la fin du monde, mais la fin d’un monde ».

Ce nouveau monde, souhaité par Marine Le Pen et caractérisé par l’arrivée au pouvoir de nouveaux leaders issus de mouvements nationaux-populistes, aurait comme ancrage un basculement vers une valorisation du plébiscite populaire — de la colère exprimée par la population — faisant passer le pouvoir décisionnel de son organisation traditionnelle caractérisée par la compromission entre idéologies concurrentes dans un contexte institutionnel vers une légitimation de formes d’expression politique viscérales et souvent irréfléchies. L’imperméabilité aux faits, l’exaltation de réponses émotives aux questions complexes et la création d’un climat de méfiance envers la classe politique pourraient signifier à terme un important recul de la démocratie délibérative et de l’organisation politique en partis de masse.

Des situations distinctes

Cependant, il est important de souligner les différences majeures entre le phénomène Donald Trump et le Front national de Marine Le Pen. Comme l’écrivait très justement Jean-Yves Camus, dans un texte publié sur le site de la Fondation Jean-Jaurès, la victoire surprise de Trump s’inscrit dans un mouvement de transformation s’effectuant au sein même du Parti républicain. À l’opposé, le Front national demeure un parti « hors système » ; malgré les résultats encourageants du parti d’extrême-droite lors des derniers scrutins et sa position de premier parti de France dans les sondages récents, la force de la droite mainstream, représentée par Les Républicains, agira vraisemblablement comme une barrière aux prétentions présidentielles de la candidate frontiste.

L’élection présidentielle de 2017 s’inscrit dans un contexte particulier et sera certainement l’une des plus importantes de l’histoire récente de France. Il sera intéressant de voir comment l’Hexagone se positionnera face à la montée d’un tel phénomène.

Par Olivier B. Sasseville