Depuis l’élection et l’inauguration récente du président Donald J. Trump, il a été répétitivement démontré qu’il existe une incertitude quant à la forme et la portée de ses politiques en ce qui concerne le travail d’immigrants et de ressortissants étrangers aux États-Unis. Ce dernier a martelé la nécessité d’une politique économique et étrangère visant à protéger les emplois des citoyens américains aux États-Unis, mettant fin à ce qu’il qualifie de « vol » par les immigrants et les délocalisations d’entreprises. Suite au décret controversé sur les ressortissants de « pays musulmans » et la promesse d’un mur sur la frontière mexicaine, plusieurs s’inquiètent d’une réforme du fameux visa H-1B mêlé à une hausse des tarifs douaniers, ce qui heurterait significativement l’économie indienne et ses travailleurs.

Le gouvernement américain accorde jusqu’à 85 000 visas de travail temporaire H1-B chaque année aux travailleurs indiens, tant aux employés de firmes américaines que ceux rattachés aux filiales indiennes opérant aux États-Unis, surtout dans le secteur des technologies de l’information. De plus, un grand nombre de firmes américaines délocalisent leurs opérations en Inde pour profiter d’un avantage comparatif en terme de salaires, créant de l’emploi.

Il existe déjà plusieurs critiques du programme de visas H1-B, tant à gauche qu’à droite, qui pourraient profiter de cette réforme. D’un côté, on critique l’arrivée de travailleurs indiens employés par des firmes indiennes qui ne sont pas soumis aux mêmes standards de travail, constituant une concurrence déloyale. De l’autre, on avance que le visa H1-B ne permet pas aux travailleurs de changer d’emploi une fois rendus aux États-Unis, ce qui limite leur pouvoir de négociation et les rends vulnérables à leurs patrons. Les partisans du programme arguent que celui-ci permet de remplir les écarts de productivité et promeut une saine compétitivité sur le marché du travail.

Le fait est que l’Inde désire davantage de visas, et non pas le contraire. En 2016, les États-Unis ont été le premier client de l’industrie indienne, en important 60 % de sa production technologique et de services délocalisés, selon la National Association of Software and Service Companies, un lobby de l’industrie indienne. Le resserrement des critères d’attribution des visas aurait pour effet de rendre plus difficile l’embauche de travailleurs indiens. Cela devrait aussi augmenter le coût des travailleurs indiens et affecter la marge bénéficiaire des entreprises concernées.

Étant donné l’incertitude persistante dans les relations commerciales entre les États-Unis et le reste de la planète, cette mesure pourrait mener à davantage de problèmes. Pour l’Inde, un pays qui dépend de l’exportation de services, le resserrement des critères affecterait nécessairement sa balance commerciale en réduisant ses exportations. Ceci pourrait mener à un ralentissement de la croissance dans le domaine de la technologie en changeant la structure de couts et revenus des firmes délocalisées et dans le secteur de la technologie. Si cela advenait, le marché boursier serait définitivement affecté, faisant boule-de-neige et menant à une possible réduction de l’investissement étranger dans le pays.

Il existe également un potentiel que cette dispute économique dégringole en combat politique. Il y a eu de tels incidents dans le passé, notamment dans l’affaire Devyani Khobragade et lors de l’augmentation des frais de visa en 2007. À ce moment, des confrontations diplomatiques eurent lieu, alors que l’Inde accusa les États-Unis d’abuser de son statut et de son influence pour dominer ses relations bilatérales.

Puisque les États-Unis constituent un allié clé de l’Inde dans sa quête pour un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU et son adhésion au Groupe des pays exportateurs de matière nucléaire, une dispute politique pourrait tempérer ces ambitions. Toutefois, au cas où cela advenait, cela serait une opportunité pour l’Inde de contester les injustices persistantes des accords commerciaux à l’égard des pays en développement, ainsi que de diversifier ses partenariats pour réduire la dépendance actuelle envers les États-Unis

À première vue, alors qu’il y aurait des conséquences politiques et économiques pour l’Inde advenant la réforme du programme de visas H1-B, cela pourrait créer des opportunités inespérées. L’Inde et les États- Unis sont des alliés de longue date. Toutefois, avec son économie à haute croissance et son influence mondiale, l’Inde est en position de contrer les effets néfastes des nouvelles politiques américaines. Il ne reste qu’à voir comment tout cela se déroulera, tant il est difficile de prédire la suite.

Par Prerna Mishra, auteure invitée

Traduit de l’anglais par Alexandre Thibault

A propos de l'auteur

Directeur général, Julien étudie le droit à l'Université de Sherbrooke (Canada) et l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il réside à la Maison des étudiants canadiens.

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