Alors qu’il observait une prudence médiatique importante depuis l’élection d’Emmanuel Macron, François Hollande est sorti de sa réserve durant ce mois d’avril, multipliant les interventions pour présenter son dernier livre, Les leçons du pouvoir. Cependant, la coïncidence de cet événement avec le premier anniversaire de l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République et avec un calendrier politique chargé laisse planer des doutes quant aux interventions de l’ancien chef de l’État.
Par Mathilde Ansquer

Un président ne devrait pas dire ça… titrait le 12 octobre 2016 l’ouvrage de Gérard Davet et Fabrice Lhomme regroupant des entretiens de François Hollande alors encore président de la République. Un an et demi plus tard, l’ancien chef de l’État revient dans l’actualité avec un nouveau livre : Les leçons du pouvoir paru chez Stock le 11 avril dernier. Que ce soit sur les plateaux télévisés, à la radio ou bien dans la presse écrite, François Hollande multiplie les interventions et les interviews afin de présenter son livre. L’ex-président de la République se décrit au 20 h de France 2 le 10 avril comme ne poursuivant « aucun intérêt partisan ni aucune ambition électorale ». Peut-on pour autant présenter François Hollande comme un citoyen indépendant des logiques politiciennes ?

Dès le 10 avril, l’ancien « président normal » s’en défend : « Je suis aujourd’hui un citoyen mais pas un citoyen comme les autres. Je suis un ancien président ». À ce titre, il pense devoir livrer aux Français les leçons qu’il a tirées de ses cinq années d’exercice du pouvoir.

DES « LEÇONS » AU DESTINATAIRE AMBIGU

La question du destinataire de ces leçons se pose alors : Si officiellement, François Hollande dédie ce livre à tous les Français, les attaques contre Emmanuel Macron y sont nombreuses et le calendrier peut laisser songeur. En effet, en quinze jours, l’ancien chef d’Etat a enchaîné pas moins de cinq interventions médiatiques dont quatre sur des médias du service public. Le choix est tout sauf anodin et François Hollande explique lui-même dans l’émission C à vous : « Dans cette période-là précisément […] le service public mérite qu’on le fréquente ». François Hollande et Emmanuel Macron se sont croisés dans le paysage médiatique pendant tout le mois d’avril. Ainsi, le 12 avril, l’un est sur le plateau de C à vous tandis que l’autre est invité du journal de Jean-Pierre Pernaut et le 15, alors qu’Emmanuel Macron réalise une interview avec Médiapart, RMC et BFM, François Hollande est reçu dans l’émission Dimanche en politique sur France 3 Aquitaine. Le nombre et la fréquence de ces interventions laisse alors planer des doutes sur les visées de l’ancien président et le destinataire de son ouvrage.

Car le but semble autant être de tirer des leçons que de régler des comptes. Même si le mot « trahison » n’est jamais employé à l’endroit d’Emmanuel Macron, François Hollande rappelle sur France 2 qu’il a l’a lui- même appelé au poste de secrétaire adjoint de l’Élysée alors qu’il était inconnu du grand public. À propos de la candidature de son ancien ministre aux élections présidentielles, il écrit « j’ai toujours admis la compétition politique. Mais je pense qu’elle doit se livrer au grand jour et s’assumer franchement. Convenons que ce ne fut pas le cas ». Sur le plateau de Quotidien, l’ex-chef d’État fustige Emmanuel Macron comme étant le « président des très riches ». Il défend alors ses positions et souligne la part de ses réformes dans les résultats économiques actuels.

DÉFENDRE SON BILAN

Utilisant le passé pour revenir dans le présent, François Hollande profite de ses interventions médiatiques pour donner ses positions sur la Syrie, la PMA ou bien les politiques publiques. Son livre défend un bilan, le sien et revient sur les politiques menées ces cinq dernières années. Finalement, l’ouvrage ne procède pas vraiment à un mea culpa, comme ce fut le cas pour le livre de Nicolas Sarkozy La France pour la vie, paru en Janvier 2016 avant qu’il n’annonce sa candidature au mois d’août. Pour François Hollande, il s’agit de s’exprimer sur des sujets que tous ont commenté pendant son quinquennat et de défendre ses choix. La question étant, si lui ne le fait pas, qui le fera ?

Pas le Parti socialiste en tous cas. Ses membres prennent de la distance vis- à-vis de leur ancien premier secrétaire et tentent en ce mois d’avril d’impulser une « renaissance » pour leur parti qui semble à bout de souffle. Une fois encore, le calendrier peut mener à des interrogations : alors que le 7 et 8 avril, Olivier Faure est consacré comme premier secrétaire du PS, le livre de François Hollande paraît trois jours plus tard, éclipsant notamment l’annonce de la composition du secrétariat national du parti, réalisée le 15.

Par ailleurs, les positions prises par l’ancien chef de l’État sur la Syrie notamment semblent presque en faire un opposant politique « normal ». Citoyen indépendant des logiques politiciennes ou acteur ayant une stratégie ? Sans aller jusqu’à miser sur un retour en politique de l’ex-chef de l’État, il semble certain que François Hollande est de retour dans le débat public. Peut-être pour de bon.

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