Quand Emmanuel Macron a révélé son mouvement politique En Marche! en avril dernier, il a précisé que l’enjeu n’était “pas de rassembler la gauche ou la droite, mais de rassembler les Français.

Si, théoriquement, le système politique français est ouvert au multipartisme, force est de constater que le poids des partis de la gauche et de la droite a créé un phénomène de bipolarisation au cours des deux dernières Républiques. Certes, le Front National (FN), troisième atome majoritaire en France, vient perturber cette division binaire depuis les années 1980, sans tout à fait accéder au pouvoir, mais contaminant l’État de discrimination et de nationalisme sectaire d’extrême droite. À cet égard, rappelons-nous l’élection présidentielle de 2002, qui a opposé le Président Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen, ancien dirigeant du FN, au second tour. Cette élection a laissé un arrière goût amer dans les souvenirs de certains électeurs (et mielleux chez d’autres), rappelant que l’habituelle alternance “gauche-droite” demeure bancale.

Brassage de cartes

Voilà qu’à moins de trois mois des élections, la campagne prend une tournure inattendue. La Présidente du FN, Marine Le Pen, continue sa lutte pour accéder au pouvoir. L’ancien Premier Ministre a été éliminé au deuxième tour de la primaire socialiste, comme un rejet radical du gouvernement actuel. Enfin, le candidat de la droite élu à 66%, François Fillon, pourrait renoncer à sa campagne suite aux révélations successives de fraudes à la loi par sa famille, dont il aurait eu connaissance. D’après les sondages, les électeurs de Manuel Valls se sentent davantage représentés par les idées d’En Marche! que par celles de Benoît Hamon, jugé utopiste. Le deuxième choix majoritaire des défenseurs de François Fillon entre le FN et En Marche!, quand à lui, reste imprécis. Pour Marine Le Pen, cela ne fait plus aucun doute: le deuxième tour l’opposera à Emmanuel Macron. Pour elle, le clivage actuel en France sépare le nationalisme, qu’elle symbolise, de la mondialisation, prônée par l’ex-banquier. Quoi qu’il en soit, ces perturbations successives tendent à illuminer le “mouvement Macron.”

À 39 ans, Emmanuel Macron est le plus jeune candidat à la présidentielle française de 2017. Comme la quasi-totalité des politiques du pays, il est diplômé de l’École Nationale d’Administration (ENA), et comme la majorité des candidats actuels, il est issu du gouvernement de François Hollande. D’abord Secrétaire général adjoint de l’Elysée après l’élection du Président actuel, il a remplacé Arnaud Montebourg (ancien candidat à la primaire du Parti socialiste de 2017) dans son rôle de Ministre de l’Économie et des Finances le 26 août 2014.  Il a donné sa démission le 30 août 2016, motivée par l’envie de créer son propre mouvement politique. Sa philosophie économique, que beaucoup qualifient de “libérale”, s’est manifestée dès son entrée à Bercy et s’illustre dans le contenu de la “loi Macron”, promulguée le 6 août 2015 et toujours en vigueur.

Lorsque Macron fait sa loi

Que contient cette loi qui, on s’en souvient, avait déclenché tant d’émeutes dans les études notariales et avait donné libre champ à Manuel Valls pour brandir son arme fétiche, celle du 49-3?

Principalement, la loi a assoupli le droit du travail. Alors que la France est connue, reconnue et maudite pour ses dimanches en veilleuse, l’ancien Ministre a permis aux commerces d’ouvrir 12 dimanches par an, soit un par mois, avec des compensations salariales. De plus, la loi a crée des zones touristiques internationales (ZTI) permettant à certaines grands magasins d’ouvrir le dimanche, et jusqu’à minuit en semaine. Concernant les secteurs réglementés comme le notariat, les professions de commissaires-priseurs et d’huissiers de justice, la loi visait à créer plus de concurrence en leur sein, notamment en abaissant certains honoraires. Suite à de nombreuses manifestations, ces baisses ont finalement été assez faibles (5% maximum). L’arrêté sur l’implantation de nouveaux notaires n’a pas été publié.

Du fait, peut-être, de son départ précoce, les projets d’Emmanuel Macron au Gouvernement n’ont pas tous abouti. En parallèle de ses réformes sur le temps de travail, l’actuel candidat avait prévu de renforcer la protection des salariés au conseil des prud’hommes en accélérant les délais de jugement prud’homaux et en plafonnant les barèmes versés par les employeurs après un licenciement abusif. Les effets du premier laissent à désirer, et le deuxième a avorté, suite à sa censure par le Conseil constitutionnel. L’ancien Ministre s’est donc éclipsé du gouvernement à mi-chemin.

Quand l’ancien banquier a annoncé qu’il se présentait à la campagne présidentielle à la tête d’un embryon de parti politique hybride, sa légitimité n’était pas encore assise. Son parti En Marche! (dont les initiales reflètent les siennes), existait déjà depuis plusieurs mois, mais il avait assuré qu’il ne souhaitait pas un « mouvement pour avoir un énième candidat de plus à la présidentielle.” Son inspiration vient du constat que « la France aujourd’hui est sortie du chemin du progrès”, tandis que la mondialisation s’accroit.

Le bien-nommé parti s’est toutefois rapidement avancé vers les listes électorales et dès le 16 novembre 2016, jour de la candidature d’Emmanuel Macron, il a pressé le pas. Les réseaux sociaux ont joué un rôle fondamental dans ce progrès, ainsi que la forte mobilisation citoyenne, notamment estudiantine au travers de la branche Les Jeunes avec Macron (JAM). Actuellement, En Marche! revendique 158 000 adhérents. “Qui aurait cru?!” s’en est-t-il lui-même étonné lors de son meeting parisien au Parc des Expositions en décembre dernier. Peu, certes; mais ça, c’était avant.

Que revendique le parti d’Emmanuel Macron?

Mercredi 1er février 2017, France Inter a consacré sa matinale au candidat “macronique”, comme le décrit le chroniqueuse Nicole Ferroni, afin qu’il éclaire les auditeurs son programme (émission à réécouter en podcast sur le site de la station.)

Dynamisme, renouveau, valeurs de gauche, liberté…tels sont les mots-clefs qui peuvent être retenus de cette interview. Lors de son rassemblement en décembre, le Ministre a qualifié le clivage gauche-droite de “dépassé.” Selon lui, les valeurs et les besoins des français contemporains dépassent cette alternance nationale, dans laquelle ils ne se reconnaissent plus. Emmanuel Macron souhaite apporter une ouverture sur le monde, que des revendications politiques nationales trop ancrées risqueraient de cloisonner.

Pour cela, le candidat défend fermement l’Europe. Il souhaite renforcer le budget du continent afin de financer des investissements communs et élaborer un gouvernement économique de la zone euro. De plus, la politique agricole commune (PAC) devrait être transformée en un instrument d’aide aux agriculteurs en période de crise. Les candidats actuels sont très partagés sur la question européenne. Seul Benoît Hamon, candidat du Parti Socialiste, défend l’Europe, tout en considérant qu’elle mérite d’être réformée. Emmanuel Macron considère que l’Europe est essentielle à la croissance économique de la France, mais il serait question de se servir du “vieux continent” à bon escient.

Inspiré par l’entrepreunariat anglo-saxon, il souhaite aussi apporter un nouveau souffle à l’économie française et soutenir les jeunes dans leurs projets. Ces dernières années, le pays a développé de plus en plus de start-ups, mais il est évident que le taux de chômage national et la politique économique conservatrice ne sont pas des sources de stimulation pour

l’auto-didactisme. Le candidat désire que la France redevienne un lieu d’inspiration économique pour les jeunes “citoyens du monde.” Il intègre d’ailleurs son programme écologique dans cette promotion de ladite French Tech. Pour lui, la transition environnementale ne peut évoluer que par des projets développés sur le long terme. Il ne sert à rien de renoncer entièrement au nucléaire qui, au contraire, est une ressource économique indispensable à la France. Plutôt, il s’agirait d’équilibrer les ressources énergétiques. Or, de nombreuses start-ups se consacrent à ces solutions innovantes mais “disposent rarement des garanties suffisantes pour accéder aux circuits bancaires classiques”, explique-t-il. L’objectif serait de les aider “à trouver les gros investissements qui leur permettront d’acquérir une taille internationale.” L’on reproche fréquemment au président d’En Marche! de ne pas défendre assez clairement l’environnement. S’il est élu à la tête de l’État, l’un de ses défis sera d’allier développement économique et matières premières, à la protection environnementale.

Fiscalement, il ne s’agirait pas d’augmenter les taxes mais de les améliorer qualitativement afin de les “réinvestir dans les services publics et l’économie.” L’impôt sur la fortune serait restreint à la rente immobilière.

Quant au travail, les idées du candidat restent fidèles à celles qu’il revendiquait à Bercy. Son ancien projet de mettre fin aux 35 heures a été abandonné, mais il promet de permettre aux employeurs et employés qui le souhaitent de travailler au-delà.

Enfin, récemment, il a promis d’accorder un “budget culture” de 500 euros à tous les ressortissants français âgés de 18 à 26 ans, pour éviter que le coût souvent élevé des livres, du cinéma et des expositions ne soient un frein au développement culturel des jeunes citoyens.

Le projet d’Emmanuel Macron de dessine progressivement, et de plus en plus clairement. Des valeurs sociales de gauche, un dynamisme économique; une France àl’image d’un homme ambitieux et charismatique, dont le nouveau souffle qu’il revendique pourrait bien éteindre ses quarante bougies derrière les portes de l’Élysée.

 

Par Clara Cassan
Analyste principale 

Section politique française

A propos de l'auteur

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