Beaucoup de bonnes intentions, mais un plan d’action qui laisse à désirer : c’est ce qui ressort du programme, lancé en 2015, qui fixe des objectifs de développement durable (ODD) adoptés par 193 pays en janvier 2016.

Les ODD visent à mettre fin à toute forme de pauvreté, tout en s’appuyant sur les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Une initiative inédite, dans la mesure où tous les pays – pauvres, riches ou à revenu intermédiaire – sont encouragés à joindre leurs efforts dans la lutte contre la pauvreté, à l’aide de stratégies visant à engendrer la croissance économique et à répondre à un ensemble de besoins sociaux, tels que l’éducation, la santé, la protection sociale et l’emploi. Dans le même temps, ils s’engagent à lutter contre les changements climatiques et à protéger l’environnement. Un agenda pour le moins exhaustif. Curieusement, si les États sont censés adhérer à ces objectifs et mettre en place les structures nationales nécessaires à leur réalisation, ils n’y sont pas légalement tenus. L’Organisation des Nations unies (ONU) définit trois éléments clés unissant ces objectifs : la croissance économique, l’intégration sociale et la protection de l’environnement.

Partout dans le monde, il est de plus en plus urgent d’instaurer un développement durable, d’où l’essor des ODD. L’espèce humaine marche peu à peu vers une nouvelle ère – une nouvelle période géologique, même – dans laquelle l’activité humaine joue un rôle potentiellement dévastateur. Un bond impressionnant a, en soi, été effectué depuis les huit OMD, aujourd’hui arrivés à expiration ; et beaucoup est attendu de ce nouveau programme, grâce à la mise sur le même plan de plusieurs problèmes de première importance. Les objectifs, qui intègrent parfaitement les trois dimensions de développement durable mentionnées ci-dessus, visent également à lutter contre l’un des plus grands fléaux de la société : la pauvreté. Parallèlement, les États sont résolus à adopter une attitude respectueuse de l’environnement. Formidable, certes, mais seulement sur le papier ?

Il s’agit là d’un panel d’objectifs pour le moins ambitieux. Si la majorité des pays impliqués semblent satisfaits de ces objectifs, une poignée d’États membres (dont le Royaume-Uni et le Japon) ne partagent pas le même enthousiasme. En fait, certains estiment même que ces objectifs sont trop difficiles à réaliser et devraient être revus à la baisse. Quelles seront donc les conséquences sur la fidélité des États au programme ? Comment ces États s’y prendront-ils pour réformer leurs politiques nationales en faveur d’une généralisation de ces objectifs alors qu’ils n’en ont pas la moindre envie ?

Lorsque j’ai regardé la vidéo des points saillants de la Conférence, j’ai été impressionné. Il y avait de l’espoir, de l’optimisme, des perspectives nouvelles, et même un certain sens des responsabilités. Je me suis donc renseigné sur les différentes manières d’agir et sur les objectifs des États ; c’est alors que j’ai déchanté. Loin de l’universalité à laquelle ils prétendent, les ODD penchent dangereusement du côté de l’irréalisable. L’un des objectifs consiste à « réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre », ce qui m’a amené à m’interroger sur la manière dont certains pays comme l’Inde, touché par des inégalités complexes profondément ancrées dans l’histoire, pourraient éradiquer ces mêmes inégalités en l’espace de quinze ans. Il semble en effet peu probable qu’un mandat suffise à résoudre d’ici 2030 un problème qui n’a pas été reconnu pendant des années. En outre, la Russie, le Brésil et la Chine sont incroyablement inégaux sur le plan économique. La tâche n’est pas aisée et ne saurait être menée à bien aveuglément, avec l’espoir comme unique fondement.

Par ailleurs, lorsque l’on aborde les points les plus fondamentaux, les ODD peinent à maintenir une certaine cohérence. L’un des plus grands obstacles auxquels ils se heurtent est le financement. Le site internet de l’ONU (magnifiquement conçu, je dois dire), explique succinctement la situation. Il y est fait mention de la conférence d’Addis-Abeba et du vain appel du programme à lever des fonds pour l’ONU. De plus, le financement du programme repose de façon cruciale sur la volonté des États, de la société, du secteur privé et d’autres acteurs de contribuer à l’amélioration de notre environnement. La viabilité financière des ODD, dont le coût sur quinze ans est estimé à 3 000 milliards de dollars, demeure aujourd’hui incertaine : pour l’heure, seulement 0,7 % a été promis par les pays occidentaux. Et il ne s’agit que de la première faille du programme.

Selon un rapport publié par le Conseil international pour la science et le Conseil international des sciences sociales, seulement 29 % des objectifs sont correctement définis et fondés sur des données scientifiques récentes, 54 % doivent être creusés davantage et 17 % sont irréalisables ou superflus. Les auteurs ont également relevé un manque de cohésion entre les 17 objectifs.

Quiconque tente d’établir un lien entre santé, changements climatiques et sécurité alimentaire se trouvera évidemment perplexe, ce qui place le programme dans un entre-deux : de bonnes intentions, mais aucun véritable moyen de les concrétiser. L’approche adoptée est, à tout le moins, vague. Elle poursuit un idéal incarné par 17 objectifs et 169 cibles, au fond d’un abysse de confusion et de rhétorique, où les « objectifs » tels que le suivant abondent : « Nous envisageons un monde de respect universel des droits de l’homme et de la dignité humaine […]. Nous sommes résolus à bâtir un avenir meilleur pour […] les millions qui n’ont pas eu la chance de mener une vie décente, digne et enrichissante ».

Malheureusement, le programme ressemble à une liste comprenant à la fois trop d’éléments et trop peu de matière pour les étayer. Surchargé, dans un effort pour encourager davantage d’habitants des pays libres et riches à se soucier du sort des pauvres et des opprimés, il penche cependant vers une certaine indulgence.

Avec son pari d’« éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde » et de « parvenir à l’égalité des sexes » d’ici 2030, le programme des ODD s’engage dans le domaine de l’irréalisable et de l’inatteignable. S’il s’agit d’« idéaux », alors nous les soutenons et y croyons fermement. Mais en les qualifiant de « cibles », le programme ne propose aucun moyen convaincant de les évaluer ou d’adopter des mesures concrètes. C’est inquiétant. Comme si le comité lui-même ne se croyait pas capable d’atteindre l’(éventuellement) inatteignable dans ce délai, tout en parvenant à une harmonie avec la nature.

Soit, les ODD exposent gracieusement les divers enjeux dont chacun devrait se préoccuper à l’échelle mondiale, tels que la promotion du « respect universel des droits de l’homme et de la dignité humaine ». Tous les objectifs et les cibles associées sont, en soi, intrinsèquement dignes d’être poursuivis. En revanche, il n’est pas sûr qu’un champ d’action aussi vaste puisse être honoré, du fait d’objectifs très larges et de cibles associées plutôt floues.

Le développement doit néanmoins demeurer une cause pour laquelle se battre ; l’espoir et la foi que cela implique sont tout à fait justifiés. Mais dans quelle mesure peut-on continuer à croire en l’ONU et les autres organisations ? C’est une toute autre histoire.

Par Arushi Mukherji

Traduit par Caroline Faure

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