L’univers de la femme, si délicat qu’il soit, a fait couler beaucoup d’encre, la littérature féministe en témoigne. Éditer pour la femme c’est lui donner l’envie de se connaître et de se faire connaître. C’est ériger une passerelle entre les générations de lecteurs et de lectrices. À l’occasion de la rentrée littéraire, on a rencontré la maison d’édition Charleston qui s’est consacrée à la femme. C’est Karine Bailly de Robien, directrice éditoriale qui nous en parle. Par Wafa Rajhi.

 

« Vous présentez les éditions Charleston comme l’éditeur du féminin ; votre ligne éditoriale se veut-elle engagée pour la cause féminine ? Qu’en est-il du public cible ?

Tout le monde a le droit (le devoir ?) de s’intéresser aux femmes ! Donc nous ne nous adressons pas qu’aux femmes ! Nous aimons communiquer directement avec nos lecteurs via les réseaux sociaux, et force est de constater que nos lecteurs sont tout de même en majorité des lectrices, et que nos livres touchent plusieurs générations de lectrices : de la petite-fille jeune adulte à la grand-mère, en passant par la jeune mère de famille.

 

Une particularité très intéressante de la maison d’édition est de sélectionner des lectrices qui reçoivent en avant-première les nouveautés publiées aux éditions Charleston  en vue d’avoir leurs retours ? Pour les curieuses qui aimeraient se mettre à leurs places, quels sont les critères de sélection de ces lectrices ?

C’est une de nos particularités aux éditions Charleston. Les lectrices Charleston lisent nos romans en avant-première et participent au processus de création : choix du titre, de couverture, etc. Elles sont régulièrement sollicitées et consultées, et elles adorent ça. Chaque année, nous sélectionnons 10 lectrices (et elles étaient cette année plus de 400 à tenter leur chance !) qui découvrent toute la production de l’année en avant-première. Cela nous permet d’avoir un retour direct de nos lectrices et de nous inspirer de leurs goûts et envies.

Parmi les conditions, il faut évidemment s’intéresser aux romans Charleston sur les grands destins de femmes, mais aussi être motivé·e, blogueur ou blogueuse et avoir ce grain de folie nécessaire à l’ « esprit » Charleston.  Leurs avis et conseils sont précieux pour nous aider à nous renouveler et à toujours faire mieux !

 

Combien de manuscrits recevez-vous en moyenne par semaine ? La production française n’est pas bien représentée chez les éditions Charleston, pourquoi ?

Beaucoup ! Entre les manuscrits que nous recevons à travers notre « boîte manuscrits », ceux que nous envoient nos auteurs, les agents, etc., nous avons calculé que nous avions à peu près 1 500 manuscrits en attente.

Par ailleurs, nous avons une production française de plus en plus présente, 50 % de nos titres en 2018 sont français ou francophones !

 

Sur une liste de 99 ouvrages publiés, les auteures prévalent en grand nombre (Eric le Nabour étant le seul auteur). Est ce un choix de sélection de la maison d’édition ?

Pas du tout ! Nous avons par ailleurs également publié Molokai, d’Alan Brennert ou encore Chris Bohjalian, l’auteur du très touchant Filles du désert. Néanmoins, il est rare qu’on reçoive des manuscrits d’auteurs masculins. Lorsqu’on parle de « littérature du féminin », on se dit souvent (à tort) qu’un homme ne peut écrire sur ces sujets. Or, vous citez Eric Le Nabour, qui dépeint de splendides portraits de femmes comme personne. Messieurs, à vos plumes !

 

Vous organisez le Prix du livre romantique ? Quels sont vos critères de sélection ? Le livre lauréat est-il souvent un best-seller ?

Nous faisons effectivement chaque année un appel à manuscrits. Le texte sélectionné doit bien sûr correspondre aux critères demandés (un personnage féminin fort au centre de l’intrigue notamment), tant dans le fond que dans la forme (nous ne sélectionnons pas de nouvelles, ni de poésie par exemple). Il doit être bien écrit, et nous emporter dans l’imagination de l’auteur. Finalement, nos critères sont les mêmes pour le Prix du livre romantique que pour toute acquisition que nous faisons. Nous avons déjà trois Prix du livre romantique, et le succès est au rendez-vous à chaque fois. Le dernier titre primé, La Cueilleuse de thé, est une de nos très bonnes ventes cette année.

 

À l’occasion de la rentrée littéraire 2017, le recueil de poésie de Rupi Kaur s’affiche en tête de votre liste de parutions ainsi qu’une sélection d’ouvrages de littérature étrangère qui ont été des succès à l’étranger. À quel point pouvez-vous transposer leur succès auprès du public de lecteurs français ?

L’édition, c’est un pari, donc on ne peut jamais être assuré du succès d’un livre. Un titre peut ne pas rencontrer son lectorat alors que tous les voyants sont au vert. Nous publions uniquement une vingtaine de titres par an chez Charleston, pour pouvoir tous les travailler comme ils le méritent. Dans le cas de Lait et miel, nous avons mis en place un important plan marketing et de promotion, nos lectrices Charleston ont pu le lire en avant-première, et nous sommes en relation très étroite avec l’agent de l’auteur pour mettre toutes les chances de notre côté. Il faut également savoir que les titres étrangers que nous achetons ont tous été des coups de cœur pour nous, lecteurs français (nous lisons près de dix fois plus de manuscrits que nous en éditons). Nous allons chercher des pépites, des textes passés inaperçus, mais qui ont connu un succès important dans leur pays d’origine.

 


Quelle est votre opinion personnelle sur les ouvrages des genres chick-lit ? Pensez vous que ce genre littéraire pourrait enrichir votre ligne éditoriale ?

Le terme chick-lit était en vogue dans les années 2000 avec Bridget Jones notamment. On préfère maintenant parler de comédie romantique, et nous en publions régulièrement avec des auteurs comme Marie Vareille, Sophie Henrionnet… C’est un genre qui a tout à fait sa place chez nous, il permet de publier des romans qui font du bien !

 

 

Comment voyez-vous l’évolution du genre women’s fiction dans lequel s’inscrit la ligne éditoriale Charleston ? Êtes-vous optimiste vis-à-vis de l’avenir du livre en général ?

Les problématiques des femmes dans les romans de women’s fiction changent, on le voit bien. C’est un genre littéraire qui suit vraiment son époque. Nous allons aborder la féminité d’un point de vue engagé (comme le montre actuellement La servante écarlate, ou encore La tente rouge chez nous). L’un de nos romans à paraître parle de la PMA (procréation médicalement assistée), un de nos précédents titres évoquait les femmes battues… C’est pour ça qu’il y aura toujours de la place pour la women’s fiction dans les rayons des librairies.

Bien sûr que je suis optimiste vis-à-vis du livre. Le marché évolue, il y a de nouvelles technologies qui apparaissent comme le numérique, l’objet livre peut changer, mais la littérature continuera encore bien longtemps à faire vibrer les lecteurs ! »

A propos de l'auteur

Cité Unie offre une couverture de l’actualité internationale à travers la perspective des résidents de la Cité internationale universitaire de Paris.

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