On dit qu’elle est loin, l’époque où maman glissait dans le lecteur un VHS de Cendrillon pour amuser ses enfants, et qu’aucune considération de la représentation de la femme à l’écran ne comptait parmi les priorités du spectateur ni de celles du producteur. Mais est-ce vraiment le cas?

Aujourd’hui, les studios Disney comptent parmi leurs défis principaux l’actualisation de leurs productions filmiques pour qu’elles soient, en 2017, plus représentatives des enjeux sociaux actuels. On constate leurs efforts pour combattre les stéréotypes de genre : pour mieux inclure les garçons qui préfèrent Elsa à Flash McQueen, les titres Rapunzel (Raiponse) ou The Snow Queen (La Reine des neiges) deviennent en anglais Tangled et Frozen. Il faut également saluer la représentation croissante, bien que timide, de la diversité culturelle, ainsi que la tentative de transformer certaines de leurs héroïnes en personnages dits féministes, notamment dans l’adaptation de La Belle et la Bête sortie cet hiver.

Rétrospective de la princesse en détresse

D’abord, il y a eu Blanche-Neige qui a failli se faire tuer par sa belle-mère, seul autre personnage féminin, évidemment jalouse puisque l’entraide féminine ne semblait pas encore être valorisée en 1937. Après avoir été empoisonnée, Blanche-Neige se réveille grâce au doux baiser du prince charmant. Il n’y avait pas eu de véritable transformation du sort des princesses Disney depuis ce succès oscarisé : ni avec Cendrillon en 1950, ni avec La Petite Sirène en 1989 où Ariel va jusqu’à changer sa véritable nature pour séduire le prince.

Les frères Grimm, Charles Perrault et Hans Anderson se cachent derrière ces contes mythiques qui, grâce à Disney, ont été remâchés. Un vent de changement a pourtant soufflé sur les films de princesses depuis Mulan, en 1998, ayant comme protagoniste une femme qui, au lieu d’épouser un homme de pouvoir, désire protéger son père et combattre les Huns. L’amour du capitaine Shang ne vient qu’en bonus.

Les tentatives des dernières années

Par ailleurs, l’immense succès de La Reine des neiges en 2013 est sans doute dû au remaniement du conte d’Anderson par Jennifer Lee qui propose un scénario présentant des réalités plus ajustées au jeune âge de ses héroïnes : Elsa et Anna doivent rétablir leur relation, malgré les malentendus, et ce, tout en sauvant le royaume. Mais la représentation de la femme dans La Reine des neiges n’est encore pas révolutionnaire : les sœurs sont toutes deux des canons de beauté minces, blanches, aux traits fins à la poupée Barbie. Comme quoi Disney fait un pas vers l’avant et un autre vers l’arrière.

Aujourd’hui, les princesses doivent tout de même représenter la femme issue du melting-pot. En témoignent des films comme The Princess and the Frog, avec son héroïne afro-américaine qui vit en Louisiane, et le petit nouveau Moana (en France, Vaiana : La légende du bout du monde), avec une princesse inspirée des mythes polynésiens, doublée, dans la version anglaise, par l’adolescente hawaïenne Auli’i Cravalho.

Dans ce titre, Dwayne Johnson prête sa voix au personnage de Maui, qui lors de sa rencontre avec Vaiana l’interrompt à plusieurs reprises lorsqu’elle se présente, la jette à l’eau et refuse de lui apprendre à naviguer leur embarcation. Rappelons-nous que les Américains ont élu Trump, il est donc primordial de représenter ce demi-dieu prétentieux que Vaiana va manipuler en jouant avec sa soif de reconnaissance pour qu’il accepte de travailler en équipe. Tandis que Maui apprend à ne pas être grossier et rétrograde, Vaiana apprend, quant à elle, à se faire confiance et à privilégier le partage des connaissances plutôt que le paternalisme.

Un conte du XVIIIe siècle en saveur du jour

Ces dernières années, les studios Disney se sont lancés dans le projet faramineux de transformer les classiques d’animation en live-action (des films avec des acteurs en chair et en os remplaçant les dessins-animés). La Belle et la Bête, sorti en France le 22 mars dernier, a rapporté un peu plus de 471 millions de dollars au box-office, succès peut-être attribué au choix d’Emma Watson dans le rôle principal. L’actrice a déplacé beaucoup d’air sur la question féministe ces dernières années, notamment dans un discours prononcé à l’ONU en 2014.

Certains détails ont été ajoutés à la nouvelle version afin de mieux actualiser le classique. Notamment, Belle est moins unidimensionnelle grâce à son nouveau talent d’inventrice. S’agirait-il d’une façon d’annoncer aux fillettes qu’elles peuvent elles aussi devenir ingénieures ? Cette amélioration ne supprime pourtant pas le syndrome de Stockholm controversé dont Belle fait l’objet.

Également, certains personnages diversifiés remplacent le casting à cent pour cent blanc de la version originale. Malgré ces améliorations, on aimerait tout de même voir des protagonistes non-blancs dans les prochains live action. Il n’y avait pas de diversité ethnique dans la France rurale du XIXe siècle, dira-t-on, ce à quoi on répondra qu’il n’y avait sans doute pas non plus de chandelles dotées du don de la parole…

En attendant, les efforts des studios Disney sont salués, même si ceux-ci semblent parfois si prudents. Espérons que l’adaptation de Mulan, attendue pour 2018, ne soit pas victime d’un white-washing.

 

Par Laurence Dubuc

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