Établie en 1985, l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale (ASACR) est une alliance intergouvernementale, géopolitique et économique entre les pays d’Asie du Sud. Parmi les États membres figurent l’Afghanistan, l’Inde, le Pakistan, le Bhoutan, le Bangladesh, les Maldives, le Népal et le Sri Lanka. L’Asie du Sud abrite le quart de la population mondiale, ce qui en fait la région dotée de la plus forte densité de population et la plus peuplée au monde. La modernisation et la régulation de cette population énergique pourrait donner naissance à une superpuissance collective. C’est avec cet objectif en vue que l’ASACR a vu le jour. L’Asie du Sud possède un énorme potentiel inexploité qui, s’il est correctement mis à profit, peut mener à un avenir prospère. L’ASACR s’est révélée très efficace : ses activités et ses projets ont été bénéfiques pour l’intégration régionale et la coopération économique.

Le début de la dernière décennie a été marqué par la signature, en 2004, de l’Accord de libre-échange de l’Asie du Sud (SAFTA), entré en vigueur en 2006. L’Accord a été imaginé dans l’idée de créer une union douanière, un marché commun et une union économique. Un comité d’experts a été mis en place pour régulariser et organiser l’ensemble du processus. Le travail de ce comité d’experts, qui était chargé de tracer le cadre d’un accord de libre-échange en Asie du Sud, a porté ses fruits. Les efforts menés pour éliminer les barrières douanières, libéraliser les échanges, réduire les droits de douane, etc. ont facilité les échanges commerciaux dans la région. Le comité d’experts a fixé des objectifs pertinents, atteignables et réalistes, avec des résultats remarquables. En 2012, les exportations de l’ASACR ont bondi. Une hausse des importations a également été observée. Si les relations économiques et commerciales dans la région ne sont pas très encourageantes, le SAFTA joue toutefois un rôle essentiel dans ce domaine crucial. Parallèlement, le programme d’exemption de visa de l’ASACR s’est également révélé très efficace : grâce à l’amélioration des restrictions de circulation, celui-ci a facilité les visites officielles des dignitaires, amélioré la communication stratégique entre les pays, favorisé les échanges officiels et augmenté la fréquence des réunions internationales entre représentants des États.

Le 14e sommet de l’ASACR s’est tenu à New-Delhi (Inde). Lors de ce sommet très à-propos, l’Afghanistan a été officiellement nommé huitième membre de l’organisation. L’ASACR contribue évidemment à améliorer les relations entre les États-membres. Ainsi, le Pakistan et l’Afghanistan, opposés par de vieux différents, nourrissent un ressentiment tenace. Aussitôt après l’entrée de l’Afghanistan dans l’ASACR, le Premier ministre pakistanais a rencontré officiellement le président afghan et déclaré que l’Afghanistan pourrait contribuer à l’enrichissement et au renforcement de l’organisation. L’ASACR offre ainsi subtilement un terrain propice à l’instauration de relations nouvelles et à la résolution de problèmes cruciaux, qu’ils soient de nature politique, économique ou autre. Cet aperçu de l’histoire des sommets de l’ASACR offre une image dynamique de l’évolution de l’Asie du Sud vers le statut de puissance mondiale. Par ailleurs, certains incidents ont poussé des États membres à œuvrer en faveur de l’intégration et de l’établissement de la paix. Le 19e sommet de l’ASACR, par exemple, qui devait se tenir au Pakistan en 2016, a été boycotté par l’Inde, le Bangladesh, le Bhoutan et l’Afghanistan, avant d’être annulé. À l’origine de ce boycott : l’attentat d’Uri, en Inde, imputé au Pakistan. Cet incident inédit a été d’une importance capitale sur le plan diplomatique. En effet, un tel boycott collectif du sommet en raison du pays organisateur revêt une portée stratégique, dans la mesure où il témoigne de la désapprobation de toute la région, et pas seulement du pays attaqué. Les comportements abusifs, ainsi que la mésentente régionale, devraient dès lors être découragés.

L’efficacité de l’ASACR en tant qu’organisation est inégale. L’organisation a été un ressort important de l’amélioration de la situation régionale, comme cela a été discuté lors des différents sommets. Cependant, l’Asie du Sud demeure l’une des régions les plus pauvres du monde : bien qu’elle abrite 23,4 % de la population mondiale, sa contribution au PIB n’est que de 6,66 %. Quelque chose fait assurément défaut. Aux fins de cet article, nous avons examiné les accords et les grands axes de décision négociés lors des différents sommets de l’ASACR de la dernière décennie ; si ceux-ci s’avéraient alors particulièrement nécessaires et pertinents, leurs résultats sont aujourd’hui discutables. La faille réside dans l’application des principes qui ont été convenus. De nombreux obstacles ont ainsi enrayé le développement de l’ASACR en tant qu’organisation. L’accord sur les transports, le ferroviaire et l’énergie, décidé lors du 18e sommet, n’a pas été appliqué comme prévu, freinant ainsi le développement du tourisme. Malgré la contribution majeure du SAFTA, les échanges commerciaux entre les pays de l’ASACR représentent moins de 5 % du total des échanges. Différentes politiques tarifaires continuent d’être appliquées par les pays membres à l’intérieur de l’organisation, ce qui constitue un obstacle pour les échanges. La connectivité est un problème récurrent qu’il faut désamorcer. La région a également besoin d’investissements directs étrangers pour développer ses infrastructures.

Il existe toutefois des perspectives positives. La coopération énergétique semble prometteuse ; l’Inde a ainsi signé des accords énergétiques avec le Bangladesh et le Népal. Les pays doivent également collaborer sur les questions de l’égalité des sexes, de l’indice de développement humain, du développement communautaire et de la stimulation du secteur tertiaire.

Au-delà de toutes ces préoccupations, controverses et résolutions, l’ASACR doit grandir. Le changement passe par un certain nombre d’épreuves. Mais surmonter ces temps difficiles est une condition essentielle pour bâtir un meilleur avenir.

Par Isha Mohanti

Traduit par Caroline Faure

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