Mis en place par la Constitution de 1958, sous la Cinquième République, le système des parrainages constitue un dispositif selon lequel un candidat à l’élection présidentielle doit être présenté au Conseil constitutionnel par un nombre déterminé d’élus.

Alors qu’à son instauration ce système prévoyait un nombre minimal de 50 signataires, ce nombre se voit augmenté à 100 en 1962 lors de l’adoption du suffrage universel direct et passe ultimement à 500 suite à une réforme en 1976. Parmi les élus qui peuvent présenter un candidat, on retrouve notamment les députés, sénateurs, maires, les conseillers départementaux et régionaux ainsi que les membres du Parlement européen.

Cette formalité juridique sert une double fonction. Premièrement, elle permet de complexifier l’accession au pouvoir des représentants de formations situées aux extrêmes du spectre politique. Fortement inspiré par le contexte post Seconde Guerre mondiale, l’avènement d’une telle mesure s’inscrit dans une volonté de barrer la route aux candidats revendiquant une volonté affichée de s’attaquer aux institutions républicaines. Effectivement, il parait difficilement imaginable que des élus soutiennent un candidat ouvertement hostile au système qui les porte au pouvoir. Par ailleurs, les parrainages permettent également de réduire le nombre de candidats à l’élection présidentielle et, conséquemment, d’éviter la prolifération de candidatures fantaisistes.

En 2016, une nouvelle modification au système entraine un certain nombre de changements au dispositif. Premièrement, les candidats devront recevoir l’appui d’un élu dans un minimum de 30 départements et ne pourront obtenir plus de 50 parrainages par département. Par souci de transparence,  la liste de tous les parrains sera également rendue publique.

Des critiques récurrentes

Depuis plusieurs années, des critiques multiformes sont régulièrement formulées à l’encontre de ce dispositif. On reproche notamment au système des parrainages de ne pas remplir sa fonction première en ne permettant pas de limiter le nombre de candidats aux élections présidentielles. L’exemple de 2002, où 16 candidats avaient réussi à rassembler les 500 signatures, est particulièrement évocateur. La prolifération de candidats des diverses gauches au premier tour aurait, selon plusieurs observateurs, favorisé la défaite du socialiste Lionel Jospin et ainsi permis la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour.

Si la première critique permettait de souligner avec justesse l’inefficacité de la mesure pour limiter le nombre de candidats, force est de constater que pour les partis politique plus marginaux, disposant d’un nombre restreint d’élus, le quête des parrainages se transforme souvent en parcours du combattant. Cette situation constitue un obstacle à l’élaboration d’une démocratie saine au sein de laquelle toutes les tendances peuvent s’exprimer.

Par ailleurs, ce système laisse présager le risque de marchandage des parrainages par certains élus. Effectivement, on redoute la mise aux enchères des signatures et inversement, l’application d’une forte pression par certains partis sur des élus locaux pour obtenir leur précieux soutien.

Présidentielle 2017 : quels candidats réussiront à obtenir les parrainages ?

Dans le contexte de la présidentielle d’avril, la question de l’obtention des parrainages est plus que jamais d’actualité. Les candidats issus des principaux partis, notamment François Fillon, vainqueur de la primaire de la droite, Jean-Luc Mélanchon, récemment soutenu par le PCF ainsi que l’éventuel gagnant de la primaire à gauche n’ont pas de souci à se faire quant à l’obtention des signatures. Forte des percées électorales récentes du Front National, même Marine Le Pen, dont le parti a historiquement peiné à recueillir les 500 soutiens, devrait pouvoir les obtenir sans difficulté ; signe de la place qu’occupe le parti sur la scène politique française. Des candidats tels que Nicolas Dupont-Aignan, Michèle Alliot-Marie ainsi que le centriste François Bayrou devraient également réussir à accumuler les précieuses signatures.

Cependant, la tâche s’annonce plus ardue pour certains des candidats pressentis. À l’extrême-gauche, la possibilité d’obtention des parrainages constituera un véritable défi pour plusieurs prétendants. Le candidat écologiste Yannick Jadot devra composer avec les reculs électoraux d’EELV, tout comme Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) qui devront concurrencer Jean-Luc Mélenchon pour l’obtention des signatures.  Alors que rien n’est encore impossible, ces candidats devront accélérer leurs campagnes de sollicitation pour récupérer les appuis nécessaires avant la date butoir du 17 mars 2017.

Enfin, l’obtention des soutiens nécessaires demeure une chimère pour une dernière catégorie de candidats marginaux. Effectivement, l’aventure présidentielle d’Henri Gaino, François Asselineau, Jean Lassale, Alexandre Jardin et Antoine Waechter devrait prendre fin au jour de la remise des signatures.

 

Par Olivier Sasseville
Chef de pupitre Politique française 

A propos de l'auteur

Chef de pupitre Politique Française, Olivier est étudiant au doctorat en histoire à l’UQAM (Montréal) et à Sciences Po (Paris). Il réside à la Maison des étudiants canadiens.

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